Avant de percer sur scène, vous avez travaillé dans l'infographie. Comment s'est passée la transition ?
J'ai pris des chemins de traverse. Scolarité classique jusqu'au bac, puis une école de cinéma et de vidéo pour me rapprocher du métier... À l'issue de cette école, j'étais un peu jeune et il n'y avait pas de débouchés à la télé ni au cinéma du côté de Lyon d'où je suis originaire. À cette époque beaucoup d'entreprises faisaient de la vidéo institutionnelle et se tournaient vers le multimédia. On m'a proposé de me former, j'ai dit oui ! En parallèle, j'ai commencé le café-théâtre en amateur, ça marchait bien, j'ai monté un trio avec 2 autres filles (Les Taupes-Models, NDRL). Pendant longtemps j'ai eu 2 boulots. Quand ça a commencé à marcher, j'ai pu arrêter mon job et faire le métier dont je rêvais, mais cela a pris quelques années.
Parlez-nous de votre expérience à la télé, c'est venu comment ?
C'est Canal + qui m'a contactée en 2003 pour participer à l'émission 20h10 pétantes. Les producteurs ont dû tomber sur une vidéo pilote qui circulait dans les productions. J'ai accepté. C'est un moyen fabuleux pour se faire connaître, on touche des millions de téléspectateurs.
La télé vous sert-elle de laboratoire pour expérimenter vos sketchs ?
La scène et la télé, ce sont deux univers différents. Je tiens à continuer les deux en parallèle. Le petit écran me sert plutôt de terrain de jeux : j'y joue durant 4 minutes des personnages que je ne ferai pas sur scène... ce n'est que du bonheur !
Que pensez-vous des humoristes qui passent de la scène au cinéma comme Gad Elmaleh, José Garcia, Elie Semoun... Ce genre d'aventure vous tente ?
Je comprends leur démarche... Qu'ils aient envie de faire autre chose après des années de scène, je trouve ça normal, même noble de vouloir s'essayer à d'autres exercices. Mais moi je suis un peu jeune dans le métier pour avoir déjà envie de quitter la scène. Qui sait dans 5 ans, je ferai peut-être la même chose ! Je me définis avant tout comme humoriste car c'est mon métier ! Je ne vais pas démarcher pour faire du cinéma, bien sûr si on me propose des rôles ou scénarii intéressants... En tout cas j'attends d'être surprise par un rôle, un rôle comique, car c'est ce que je fais de mieux. Enfin j'espère...
Vous côtoyez nombre d'humoristes, qui considérez-vous comme un modèle ?
J'ai un faible pour Muriel Robin et Pierre Palmade qui m'ont bercée et guidée, et cela se ressent dans mon spectacle.
Mais j'admire toutes les démarches : Franck Dubosc, Gad Elmaleh qui est un grand acteur, Jamel Debbouze pour ce qu'il dégage. Quelque part ils m'ont tous apporté quelque chose.
Franck Dubosc m'a d'ailleurs aidée à resserrer mes textes à mon arrivée à Paris, en 2003. Je pense qu'il ne l'aurait pas fait si j'avais été un garçon.
C'est dur d'être une femme humoriste ?
Non, c'est dur pour une femme de marier vie privée et vie d'humoriste je trouve. En revanche, comme il y a moins de femmes dans le métier, c'est plus simple, même si c'est en train de changer. À mes débuts, il y en avait vraiment peu. Ce n'est pas un métier plus difficile d'accès pour les femmes, seulement on est sociologiquement en retard : nous sommes sorties de nos cuisines il n'y a pas si longtemps !
Ce ressenti par rapport au sexisme explique sans doute votre admiration pour George Sand ?
C'était une femme libre pour son époque. J'aime son rapport aux hommes, sa liberté et c'était une grande bosseuse. Je me suis intéressée à sa vie de près, à son travail.
Est-ce que vous vous considérez comme une humoriste engagée ?
Non, je ne mène pas mes combats sur scène mais dans la vie. Je suis engagée sur la cause des femmes.
Quels sont vos projets ?
Je repars en tournée de septembre à décembre, dans des villes que je n'ai pas encore faites. Puis après, je refais une semaine à l'Olympia pour les fêtes. À long terme, je projette d'écrire un nouveau spectacle. Je prends le temps de réfléchir.
Si demain vous ne pouviez plus exercer ce métier ?[/s]
Je ferais comme Drucker, j'ouvrirais un refuge pour animaux en Provence. Sérieusement. Soit un élevage de bouledogues, soit pour animaux maltraités, au soleil, dans une grande maison en pierres.
Un dernier mot pour les étudiants ?
Profitez de ces années, car après la vie est moins drôle. C'est une belle époque les études, on est autonome, on se fait plein de potes, on sort... On est entre la conscience et l'inconscience. Mais ne vous enterrez pas dans des études longues, vous avez toute la vie pour apprendre !